L’histoire de la Côte d’Ivoire regorge de figures féminines politiques marquantes, et parmi elles, Marie Sery Koré occupe une place essentielle. Femme de caractère et militante engagée, elle s’est imposée comme l’une des grandes figures de la lutte pour l’indépendance du pays. C’est une « femme admirable de bravoure et d’intelligence à qui il ne manque que l’instruction », explique l’historienne Henriette Diabaté dans son livre La Marche des femmes sur Grand-Bassam, paru aux Nouvelles Éditions Africaines en 1975.
Née dans le village de Gossa, à Daloa – certains disent qu’elle serait née en 1910, d’autres en 1912 – Marie Koré, née Zogbo Céza Galo Marie, grandit dans un milieu modeste. Comme de nombreuses femmes de son époque, elle n’a pas accès à l’instruction formelle. Cependant, elle développe un esprit vif, une forte capacité à mobiliser et un talent exceptionnel pour l’organisation politique.
Son engagement prend forme au sein du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), un mouvement fondé pour revendiquer la fin de la domination coloniale française. Elle dirige la section féminine du parti à Treichville. Active au sein du Mouvement des Femmes du RDA, elle s’impose comme une figure influente dans la lutte pour l’émancipation politique.
Le combat de Marie Koré et des femmes du PDCI atteint son paroxysme en 1949, dans un contexte de répression coloniale intense. C’est à la suite d’un adjanou – chant traditionnel de protestation – que Marcelline Sibo, vendeuse de vin de palme et présidente des femmes Agni, est arrêtée dans la nuit du 3 août pour tapage nocturne. Cet événement provoque une réaction rapide des femmes qui, sans concertation avec les instances dirigeantes du PDCI, se rendent au tribunal de Grand-Bassam le lendemain et font un tel tapage, cette fois diurne, que leur camarade est libérée.
Cette victoire les mobilise à organiser, dans un contexte de prise de conscience politique, une demande pour la libération de leurs maris et frères emprisonnés depuis le 6 février 1949 sans aucun jugement.
Le 23 décembre 1949, Marie Koré et plusieurs centaines de femmes ivoiriennes se dirigent par groupes de deux ou trois pour tromper la vigilance de l’administration coloniale. Ayant constaté un nombre important de femmes à Grand-Bassam, l’administration décide d’abord qu’aucune voiture ne devra transporter plus de deux femmes. Une heure plus tard, à 13h, elle interdit le transport de toute femme se rendant à Grand-Bassam.
« Nous ne sommes pas nées avec des voitures. Nous sommes habituées à marcher. Ça ne nous coûte donc rien de faire le voyage à pied », déclarent Marie Koré et Lorougnon Zikaï, à la tête du groupe des femmes Bété.
Leur message est clair : elles ne reculeront pas tant que leurs maris, frères et fils ne seront pas libérés. Au petit matin du 24 décembre, elles décident de prendre d’assaut la prison, mais l’administration coloniale réagit violemment. Les manifestantes sont réprimées, arrosées à l’aide de tuyaux plongés directement dans la mer, piétinées par les chevaux, battues et dispersées. Marie Koré encourage ses camarades, les exhortant à ne pas céder :
« Mes sœurs Bété, Baoulé, Dioula et d’ailleurs, n’ayez pas peur ! Ce n’est pas parce qu’on nous envoie un jet d’eau avec du sable que nous devons nous décourager, car une personne qui veut aller au secours de son époux, de son frère, de son fils ne doit pas reculer devant si peu de chose. »
Elle est arrêtée et jetée en prison avec sa fille, Denise, qu’elle portait au dos. Elle est condamnée à deux mois de prison.
Marie Koré meurt le 12 février 1953 à l’hôpital de Treichville, où elle s’était rendue pour soigner un panaris. Son visage a figuré sur un billet de banque et un timbre fiscal en Côte d’Ivoire. Une statue en mémoire de la Marche des femmes sur Grand-Bassam représente trois femmes, dont l’une, portant un enfant dans son dos, pourrait être Marie Koré.
Son combat, comme celui de toutes les femmes qui ont marché sur Grand-Bassam et mené la grève des produits occidentaux en 1950, a contribué à accélérer le processus d’indépendance, bien que son rôle, comme celui de nombreuses femmes dans les mouvements de libération africaine, ait souvent été sous-estimé.
Henriette Diabaté, La Marche des femmes sur Grand-Bassam, Les Nouvelles Éditions
Africaines, 1975.
Genre et événement – Femmes et décolonisation en Afrique occidentale française,
Presses universitaires de Rennes.
Militant Mothers: Gender and the Politics of Anticolonial Action in Côte d’Ivoire,
Elizabeth Jacob.
Nous ne l’oublions pas.
Enjy Kerekou pour LaNich